SOCIOLOGIE - Les méthodes


SOCIOLOGIE - Les méthodes
SOCIOLOGIE - Les méthodes

Distinctes des techniques, non étudiées ici et qui pour la plupart ne sont pas propres à la sociologie, les méthodes désignent plus largement les «modalités d’action» par lesquelles le sociologue tente de résoudre le problème qu’il s’est posé.

Or, s’il n’est pas aisé de définir avec précision ce dont traite la sociologie, il est tout aussi difficile d’exposer les méthodes qui lui sont spécifiques. Au polymorphisme de la discipline correspond une égale diversité des approches, des types d’observations et des procédures de démonstration ou de vérification. Car les problèmes de méthode concernent évidemment tous les types de recherches, qu’ils soient théoriques, empiriques, quantitatifs ou qualitatifs: il ne peut donc être question d’en dresser l’inventaire.

Mais la méthodologie ne se limite pas à l’étude des procédures explicites de validation, elle est une évaluation critique des divers produits de la recherche: elle doit permettre de distinguer ceux qui n’ont d’autre mérite que de donner un vernis scientifique à des idées reçues de ceux qui permettent de mieux comprendre certains phénomènes sociaux.

Après l’euphorie des années cinquante à soixante-dix, où elle a bénéficié d’une faveur et d’une réputation sans doute excessives, la sociologie traverse une période de remise en question: il s’agit pour elle non seulement de redéfinir sa place dans les sciences sociales, mais encore de préciser la nature des phénomènes qu’elle se propose d’étudier et le type d’explication qu’elle doit produire: le débat actuel de la sociologie est avant tout un débat méthodologique, articulé autour de trois interrogations fondamentales: une réévaluation de certaines méthodes quantitatives, une remise en question de l’analyse causale et des schémas déterministes, une alternative offerte par l’individualisme méthodologique.

De quelques biais technologiques

Le sociologue qui souhaite dépasser le discours purement spéculatif cherchera à apporter une preuve logiquement suffisante des propositions qu’il avance. Cette démarche parfaitement légitime va cependant entraîner deux conséquences négatives.

Elle va tout d’abord conduire à privilégier de manière excessive la preuve statistique. Or non seulement la preuve statistique n’est pas le seul type de validation que l’on puisse apporter, mais de surcroît les résultats d’une analyse statistique ne deviennent souvent compréhensibles que par le recours à des méthodes non statistiques. Cette suprématie de la statistique va trop souvent conduire à privilégier l’instrument par rapport à l’objet. C’est alors la technologie qui commande la problématique: on fera une analyse factorielle sur tel ensemble de données plutôt que d’étudier tel problème en utilisant l’analyse factorielle. L’exercice statistique devient ainsi une fin en soi, et, tandis que la vocation de la sociologie est de rendre intelligible, en la simplifiant, l’extrême complexité des phénomènes sociaux, l’emploi de techniques statistiques hypersophistiquées rend souvent le problème plus opaque à l’arrivée qu’il ne l’était au départ.

L’engouement pour les démonstrations statistiques va également se traduire par la prééminence de la technique d’enquête. Alors que la sociologie empirique s’est initialement développée à partir de l’analyse secondaire de données existantes (la Physique sociale de Quételet, en 1835, ou Le Suicide de Durkheim, en 1897 sont des analyses secondaires), le chercheur va très vite disposer des moyens de recueillir ses propres données: l’enquête devient alors le mode d’investigation sociologique le plus utilisé. Les conséquences de cette suprématie sont nombreuses. Elle va tout d’abord se traduire par un appauvrissement de la réflexion théorique. De ce point de vue, l’analyse secondaire est évidemment plus exigeante: elle suppose en effet qu’on reconstruise la logique qui a présidé au recueil des données et qu’on réfléchisse à sa transposition dans la problématique qu’on a défini. Lorsque le sociologue procède au recueil de ses propres données d’enquête, la réflexion méthodologique est le plus souvent réduite à l’élaboration d’un questionnaire. Il s’agit de traduire sous forme de questions un certain nombre de variables explicatives qui sont présumées entretenir avec une variable dépendante des relations plus ou moins fortes, qui ne pourront le plus souvent être explicitées.

La prééminence de l’enquête va également se traduire par l’élimination de problèmes ne pouvant être appréhendés par ce type d’observation: ainsi la perspective diachronique, l’étude du changement social et, d’une manière générale, les problèmes macrosociologiques seront abandonnés au discours spéculatif.

Tout cela ne signifie évidemment pas qu’on doive renoncer à la preuve statistique ou à l’enquête sociologique. Simplement les limites inhérentes à ces procédures doivent inciter à rechercher d’autres types de validation et d’autres modes d’investigation. Le développement de la sociologie empirique quantitative aurait pu entraîner une attitude critique à l’égard des données. Il a plutôt conduit au culte de leur infaillibilité et au principe selon lequel il convient de «laisser parler les faits». Mais les faits ne disent que ce qu’on veut entendre, et la façon dont le sociologue organise le rangement de ses observations n’est pas sans conséquence sur les conclusions qu’il pourra en tirer. Deux exemples montrent bien pourquoi il ne peut y avoir de page blanche en sociologie. Le premier exemple concerne l’enquête réalisée dans les années vingt par Robert et Helen Lynd dans une ville moyenne de l’Indiana. Cette enquête minutieuse peut être considérée comme un modèle d’observation ethnosociologique. Les Lynd avaient recueilli leurs observations avec une hypothèse centrale (la vie religieuse conditionne la vie sociale et institutionnelle) et classé leurs données en six catégories (gagner sa vie, bâtir un foyer, éduquer son enfant, utiliser ses loisirs, participer aux activités collectives, pratiquer sa religion) et ils démontrèrent de manière très convaincante la congruence des cinq premières catégories de comportement avec la sixième dans un livre qui restera le premier best-seller de la littérature ethnosociologique, Middletown (1925). Puis, dans le contexte de la crise économique, les Lynd se laissent gagner par une vision plus «marxiste» de la vie sociale et reviennent dix ans plus tard sur le terrain avec un nouveau principe d’explication: gagner sa vie commande les cinq autres types de comportement. Ils découvrent alors la prostitution, les bas quartiers, qui existaient déjà en 1925, mais qu’ils n’avaient pas «vus», et, dans leur Middletown in Transition (1935), ils vont démontrer avec la même force comment les facteurs économiques déterminent les autres aspects de la vie sociale.

Le second exemple concerne l’étude de la mobilité sociale intergénérationnelle, qui repose sur l’analyse des déplacements d’une strate sociale à une autre entre deux générations. La première difficulté est liée aux caractéristiques mêmes de la théorie de la stratification sociale, selon laquelle le nombre et la délimitation des strates sociales n’obéissent à aucune règle précise. Ainsi à partir d’une même enquête pourra-t-on démontrer l’existence d’une fluidité sociale parfaite ou d’un cloisonnement social rigide selon que l’on distingue dix-sept «classes» ou seulement trois.

De surcroît, en admettant que deux chercheurs ayant utilisé la même enquête, les mêmes catégories et les mêmes calculs parviennent donc à un résultat identique, par exemple l’existence d’un tiers de «mobiles», il n’est pas certain qu’ils donneront la même interprétation de ce résultat. Si on se réfère à un modèle de société parfaitement fluide, un tiers de mobiles sera considéré comme faible. Si on se réfère à un modèle de société fortement stratifiée, il s’agira au contraire d’une mobilité très élevée.

Certains empiristes croient que, en restant au niveau des faits, ils sont à l’abri de tout dérapage idéologique. Cette protection est illusoire. C’est même souvent «en laissant parler les faits» qu’on fournit le noyau scientifique dont les idéologies ont besoin.

Causalité, déterminisme et explication

La technologie de l’enquête a sans doute favorisé le développement d’une sociologie réduite à la recherche de relations entre variables. Mais elle y a d’autant plus facilement contribué qu’elle s’accordait parfaitement à un type d’analyse, l’analyse causale, et à une approche des phénomènes sociaux fondée sur la généralisation du paradigme structurel. Ce qu’observe l’enquête, c’est en effet un individu abstrait, une unité statistique définie comme une simple addition de variables. Ce qui fonde l’analyse causale, c’est le postulat selon lequel une variable dépendante peut être conçue comme une fonction d’un certain nombre d’autres variables dites indépendantes ou explicatives, que cette fonction peut être statistiquement mesurée et que les relations mises en évidence traduisent des dépendances structurelles. Enfin, ce que postule le paradigme structurel, c’est que les phénomènes sociaux sont les produits de structures et ne sauraient être analysés comme le résultat de l’action des individus, que seules les structures ont une réalité et que les individus n’en sont que les simples supports. La multiplication des typologies dans la production sociologique est sans doute l’expression la plus caractéristique de cette convergence.

Sous l’influence de cette trilogie indissociable – enquête, analyse causale et structure –, la sociologie s’est trouvée engagée dans une recherche systématique de relations causales, suffisamment fortes pour que l’on croit pouvoir leur attribuer une valeur d’explication, suffisamment stables et généralisables pour que l’on s’imagine pouvoir leur conférer le statut de loi. Et c’est précisément sur ce point que les méthodes qui ont dominé la sociologie pendant les trois dernières décennies paraissent le plus contestables. Comme l’a montré Raymond Boudon, l’erreur n’est pas tant d’avoir cherché systématiquement à établir des lois, même s’il n’est pas une seule loi dans les sciences sociales qui puisse se prévaloir d’une validité universelle, mais d’avoir suggéré que ces lois pouvaient être considérées comme des explications. En d’autres termes, on peut admettre que le chercheur s’efforce d’établir dans quelle mesure par exemple la classe sociale détermine la réussite scolaire. Ce qui n’est pas acceptable, c’est que, ayant observé entre ces termes une relation forte, il estime avoir donné une explication suffisante des inégalités devant l’école. En croyant par une simple corrélation tenir une explication du phénomène qu’il propose d’étudier, le sociologue s’engage dans une double impasse. Lorsque la relation observée paraît insuffisante, on cherchera à l’améliorer plutôt qu’à comprendre pourquoi elle est faible. Et, quand on aboutit à une relation de causalité forte, on a l’impression que la mission est achevée. La sociologie électorale offre un bon exemple des limites d’une telle démarche. Ainsi l’obsession du sociologue électoral a-t-elle souvent été d’aboutir à une corrélation multiple parfaite; derrière la démarche de la plupart des études électorales il y a l’idée, généralement implicite, qu’on doit pouvoir mettre le vote en équation. Pourtant, avec d’importantes batteries de variables, on est rarement parvenu à rendre compte de plus du tiers de la variance des phénomènes électoraux. Et les quelques corrélations observées n’ont de surcroît jamais fourni par elles-mêmes l’explication de leur existence. Ainsi la corrélation mille fois confirmée entre la pratique religieuse et le vote de droite apparaît comme l’une des relations les mieux assurées de la sociologie électorale française: mais on attend encore une explication permettant d’en comprendre la signification. Le plus étonnant, peut-être, c’est que, malgré la relative faiblesse des relations observées, on semble admettre difficilement qu’il puisse y avoir d’autres types d’explication et qu’une corrélation faible (par exemple entre la classe sociale et le vote) puisse être le signe de structures donnant aux électeurs des possibilités de choix stratégiques indifférents.

La volonté d’établir des relations causales tenues pour explicatives et généralisables va également écarter du champ de la recherche tout ce qui ne paraît pas s’accorder avec cette démarche.

Ainsi la supériorité prêtée à la généralisation va-t-elle entraîner la mise au second plan des recherches qualitatives. Celles-ci avaient pourtant connu leur heure de gloire dans les années 1920 à 1932 sous l’impulsion de l’école de Chicago, mais elles furent vite délaissées au profit du quantitatif.

Dès 1930, Stouffer estimait que, si les deux approches pouvaient conduire à des conclusions semblables, la méthode statistique était à la fois plus rapide et plus facile à mettre en œuvre. Puis le qualitatif s’est vu confiné soit à des fonctions préstatistiques (par exemple la réalisation d’entretiens non directifs devant servir à l’élaboration d’un questionnaire d’enquête), soit à un rôle secondaire post-statistique (comme l’étude en profondeur de cas déviants).

En tout état de cause, parce qu’elle ne permettait pas de généraliser, l’analyse qualitative ne pouvait apparaître comme une forme de connaissance ayant sa propre validité. Aujourd’hui, sans doute la généralisation n’apparaît-elle plus comme un objectif prioritaire ou même simplement accessible, mais aussi, par réaction contre des données quantifiées jugées insuffisantes, voire trompeuses, l’analyse qualitative paraît retrouver une certaine faveur, notamment par l’analyse des histoires de vie.

Dans une sociologie qui s’est essentiellement développée autour de la notion de structure et de la recherche de lois, l’événement ne pouvait lui non plus avoir droit de cité. Alors que la physique des quanta et la biologie moderne intègrent la notion de système aléatoire où l’événementiel devient fondamental, la sociologie, dominée par l’idée que les structures sont productrices d’invariance, de reproduction, que l’improbable ne peut être qu’antiscientifique et aberrant, continue à chasser l’événement de son champ d’analyse, croyant ainsi gagner en scientificité.

Mais, là encore, les tendances paraissent évoluer comme le montre par exemple la prise en compte des données de conjoncture dans l’analyse des phénomènes électoraux.

Ces remarques ne doivent cependant pas conduire au rejet pur et simple de la notion de cause dans les sciences sociales. La mise en évidence de relations bien établies n’est pas dépourvue d’intérêt heuristique et fournit au chercheur d’utiles points de repère. Il faut cependant se souvenir que le postulat qui fonde l’analyse causale et selon lequel le phénomène à expliquer est la résultante directe de causes bien définies peut ne pas être approprié au problème étudié. Et il convient surtout de se rappeler que ce type d’analyse ne peut être qu’une étape de la recherche et qu’une relation n’est pertinente que si on peut la comprendre.

L’individualisme méthodologique

Renouant avec une tradition sociologique ancienne, et notamment avec la sociologie allemande classique (Weber, Simmel, Sombart...), l’individualisme méthodologique propose une autre stratégie pour l’analyse des phénomènes sociaux. Pour ce courant de pensée, qui se développe en France à travers les recherches de sociologues comme Raymond Boudon, François Bourricaud ou Michel Crozier, les structures sociales ne définissent que le champ du possible. Les relations entre variables, reflétant les régularités structurelles, ne peuvent donc être qu’une étape de la recherche: il reste alors à décrire les comportements élémentaires qui permettent de rendre compte de la relation observée. Expliquer un phénomène social, c’est, dans cette perspective méthodologique, reconstruire sous la forme d’un modèle abstrait la motivation des individus concernés par le phénomène et analyser celui-ci comme le produit agrégé de ces microcomportements. L’individualisme méthodologique implique trois notions fondamentales: la notion d’émergence, corrolaire de la notion d’agrégation; la notion de modèle, procédure indispensable de simplification face à la multitude des cas de figure singuliers; la notion de rationalité, liée au postulat de motivation compréhensible.

Concevoir les phénomènes sociaux comme l’agrégation d’actions individuelles ne présenterait sans doute qu’un intérêt limité si le résultat de cette agrégation ne produisait que la somme des actions concernées. L’importance des effets d’agrégation tient au fait que ceux-ci présentent souvent un caractère émergent. La notion d’émergence (ou effet de composition) signifie que l’agrégation de comportements individuels peut se traduire au niveau collectif par l’apparition de phénomènes non désirés par les individus. Le produit de cette agrégation pourra même être diamétralement opposé aux préférences et aux objectifs visés: on parlera alors d’effets pervers. Ainsi le fait que dans un incendie chaque individu souhaite logiquement s’échapper au plus vite peut aboutir à ce que tout le monde périsse dans les flammes. Bien des phénomènes sociaux sont le produit de mécanismes comparables. En face de situations qui paraissent d’autant plus incompréhensibles qu’on imagine difficilement que des individus puissent agir d’une manière qui leur soit défavorable, on peut être tenté de conclure à l’irrationalité et d’invoquer l’effet, évidemment invérifiable, de structures perverses manipulant les individus de manière inconsciente. En recherchant comment des actions individuelles logiques ont pu introduire des effets non voulus, on peut en revanche proposer des explications parfaitement rationnelles à ce qui paraissait énigmatique.

L’individualisme méthodologique implique également la notion de modèle. Chercher à comprendre un phénomène social, c’est d’abord en construire une représentation simplifiée et abstraite; on appellera modèle le produit de cette élaboration. Parce qu’il n’est pas possible de prendre en compte toutes les actions et toutes les motivations qui contribuent à l’émergence d’un phénomène social, on ne retiendra que quelques catégories d’acteurs auxquels on attribuera des logiques de comportement simplifiées, et on ne prendra en compte parmi l’ensemble des caractéristiques du système social que celles qui paraissent suffire à l’explication. Qu’il se présente sous une forme mathématique, statistique ou verbale (l’idéal type wébérien est un modèle), un modèle est une simplification formelle et une abstraction; il pourra se révéler plus ou moins utile à la démonstration, mais il ne pourra être tenu pour vrai ou pour faux.

Enfin, l’individualisme méthodologique postule que les actions individuelles obéissent au principe de rationalité. Cela ne veut pas dire que l’acteur procède, avant toute décision, à un ajustement optimal des moyens aux fins, mais simplement qu’il a de bonnes raisons d’agir comme il le fait. La notion de rationalité est la contrepartie nécessaire à la capacité prêtée au chercheur de comprendre et de reconstruire les motivations de ceux qui ont produit le phénomène étudié. L’observateur ne peut en effet se mettre «à la place» de l’acteur que si l’on admet que l’un et l’autre «raisonnent» de la même façon. Du point de vue de la méthode sociologique, ce principe paraît essentiel. Normalement enclin, quel que soit son souci d’objectivité, à projeter ses propres valeurs et dispositions sur les phénomènes qu’il étudie, le sociologue qui ne pose pas comme préalable que le comportement de ceux qu’il observe est logique, compte tenu de leur situation, s’expose au risque d’interpréter tout phénomène un peu inhabituel comme irrationnel ou produit par quelque force mystérieuse, s’interdisant, du même coup, de donner une explication véritable. En imposant au chercheur de comprendre pourquoi il aurait lui-même agi comme celui qu’il observe s’il avait été à sa place, le principe de rationalité apparaît sinon comme une garantie totale d’objectivité, du moins comme une protection efficace contre le risque naturel de sociocentrisme.

Si les perspectives ouvertes par une méthodologie de type individualiste ne paraissent pas encore avoir suscité un grand nombre d’applications, cela est sans doute dû en partie à la prégnance des schémas déterministes et à la persistance d’une vision du social qui attribue à la structure globale de la société un pouvoir d’explication absolu dans l’analyse des conduites humaines. Mais cela tient aussi à ce que les principes de cette méthodologie ne sont pas toujours faciles à mettre en œuvre. S’il y a peu de modèles formels en sociologie, c’est que les procédures de simplification qu’ils supposent ne sont pas évidentes et requièrent une élaboration théorique approfondie: il est bien plus simple de faire une analyse factorielle compliquée. De surcroît, si le postulat de «motivation compréhensible» paraît s’appliquer sans trop de difficulté à de nombreux domaines, et notamment à ceux où les choix individuels relèvent d’une démarche fondée sur une évaluation coût/bénéfice, il est des problèmes pour lesquels cette démarche ne paraît pas appropriée, comme l’analyse des opinions politiques. Dans ce domaine, ce sont généralement les conduites individuelles qui sont énigmatiques et non leur produit agrégé.

En tout état de cause, l’individualisme méthodologique aura ouvert dans la discipline un large débat méthodologique opposant l’approche holiste des phénomènes sociaux, fondée sur une conception hypersocialisée de l’homme, et une approche en termes d’acteur et de libre arbitre.

Ce débat méthodologique fondamental permet de souligner la pluralité des traditions sociologiques et la pluralité des méthodologies qui leur sont attachées. Mais il suggère aussi combien les frontières établies entre les différentes disciplines des sciences sociales et humaines sont artificielles. Le choix méthodologique paraît plus fondamental: il y a plus de distance entre un sociologue «holiste» et un sociologue «individualiste» qu’entre ce dernier et un économiste ou un historien partageant la même méthode que lui pour appréhender le fait social.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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